La prison sert-elle encore à quelque chose ?
Surpopulation carcérale, récidive et alternatives pénales : le modèle de la prison traditionnelle est de plus en plus contesté.
Enquête, France. Les chiffres sont sans appel : la France compte 80 000 détenus pour 60 000 places disponibles. Le taux de récidive pour les courtes peines dépasse 60 %. Et le coût d'une journée de détention atteint 110 euros par personne. Malgré ces données, la prison reste la peine de référence. Pourquoi ?
L'histoire de l'emprisonnement comme peine principale est relativement courte : elle date du XIXe siècle et de l'idée que l'enfermement pouvait à la fois punir, protéger la société et réhabiliter le condamné. Deux siècles plus tard, le bilan de cet objectif triple est pour le moins mitigé.
À la maison d'arrêt de Fresnes, l'un des établissements les plus surpeuplés de France, un agent pénitentiaire nous reçoit entre deux rondes. « Ici, on gère de la misère sociale. Des gens qui n'avaient pas les ressources pour éviter d'arriver là. Rééduquer dans ces conditions, c'est une blague. » Sur l'aile, 200 détenus partagent des cellules prévues pour 80.
Les alternatives existent : bracelets électroniques, travaux d'intérêt général, contrainte pénale, libération conditionnelle. Elles sont souvent plus efficaces en matière de récidive. Mais elles peinent à convaincre une opinion publique qui associe prison et justice rendue. « Les Français veulent voir quelqu'un derrière les barreaux. Le bracelet, c'est perçu comme une faveur », dit un magistrat du siège en province.
Certains pays ont tenté autre chose. La Norvège, dont le taux de récidive est inférieur à 20 %, a construit des établissements fondés sur la réinsertion, avec travail, formation, vie en communauté. Le résultat est spectaculaire — et politiquement invendable en France, où l'idée d'une « prison hôtel » déclenche immédiatement des réactions d'indignation.
La prison sert encore à quelque chose : à satisfaire un besoin symbolique de punition. Si elle sert aussi à la société, c'est une autre question. Et pour l'instant, la réponse est de plus en plus difficile à défendre.
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