Pourquoi les jeunes ne croient plus au progrès
Climat, précarité, crise des institutions : une génération entière remet en question l’idée de progrès héritée des Lumières.
Lyon / Bordeaux / Rennes, enquête. Ils ont grandi avec Internet, les smartphones et le réchauffement climatique. Ils sont la génération la mieux informée de l'histoire humaine — et peut-être la plus pessimiste sur son propre avenir. Comment en est-on arrivé là ?
Pendant deux mois, nous avons rencontré une trentaine de jeunes entre 18 et 28 ans dans trois villes françaises. Aucun ne croit que sa génération vivra mieux que celle de ses parents. Pas par fatalisme, mais par raisonnement. « Le progrès, ça voulait dire que demain serait meilleur qu'aujourd'hui. Mais demain, les océans montent, les emplois stables disparaissent et les loyers explosent. Quel progrès ? » dit Lina, 22 ans, étudiante en droit à Lyon.
Ce désenchantement n'est pas irrationnel. Il repose sur une série de ruptures concrètes. La crise financière de 2008 a fracturé la promesse méritocratique. La pandémie de 2020 a révélé la fragilité des systèmes. Le dérèglement climatique transforme l'avenir en menace plutôt qu'en horizon. Et les institutions censées gérer ces crises — États, partis, experts — ont perdu leur crédit.
Mais quelque chose de plus profond est à l'œuvre. La notion même de progrès, héritée des Lumières, était linéaire, collective, universelle. Elle supposait que l'humanité avançait ensemble vers quelque chose de meilleur. Cette vision est aujourd'hui concurrencée par une perception fragmentée du monde, où chaque gain pour certains semble être une perte pour d'autres, où la croissance produit des inégalités autant que de la prospérité.
« On ne rejette pas l'idée d'amélioration, on rejette l'idée que ce sera automatique », nuance Romain Huet, sociologue spécialiste de la jeunesse. La défiance n'est pas nihiliste. Beaucoup des jeunes rencontrés s'engagent — dans l'écologie, le local, le soin. Mais ils ont remplacé la foi dans le progrès par la vigilance envers ses effets.
Le progrès n'est pas mort dans les esprits jeunes. Il a simplement changé de forme : moins de croissance, plus de sobriété. Moins d'universel, plus de justice. Moins d'automatisme, plus d'exigence.
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